Chaque année, les mêmes séquences de chiffres et les mêmes combinaisons évidentes ressurgissent en tête des classements des mots de passe les plus utilisés en France. Derrière ce constat se cache une réalité préoccupante : des millions de comptes, qu’ils soient personnels ou professionnels, restent protégés par des sésames qu’un pirate informatique peut craquer en moins d’une seconde. Les campagnes de sensibilisation se multiplient, les alertes se succèdent, et pourtant, les comportements ne changent pas. Ce phénomène, loin d’être anodin, expose quotidiennement des données sensibles à des risques considérables. Décryptage d’une habitude numérique aussi répandue que dangereuse.
Les mots de passe les plus utilisés : un danger pour la sécurité

Le podium des mots de passe les plus courants en France
Selon l’analyse publiée par NordPass en septembre 2025, réalisée à partir de fuites de données publiques et de ressources issues du dark web entre septembre 2024 et septembre 2025, le classement des mots de passe les plus utilisés en France révèle une inquiétante stabilité. Les trois premiers restent 123456, 123456789 et azerty, ce dernier étant directement lié à la disposition du clavier français. Ces choix ne sont pas le fruit du hasard : ils reflètent une logique de facilité qui prévaut sur toute considération de sécurité.
Un classement qui ne change pas
Ce qui frappe dans ce palmarès, c’est son immobilisme. D’une étude à l’autre, les mêmes mots de passe reviennent, preuve que les messages de prévention peinent à modifier les comportements. Voici les caractéristiques communes à ces mots de passe dominants :
- Séquences numériques consécutives, faciles à taper rapidement
- Combinaisons directement inspirées de la disposition physique du clavier
- Absence totale de caractères spéciaux, de majuscules ou de chiffres intercalés
- Longueur insuffisante, souvent inférieure à dix caractères
Ces caractéristiques font de ces mots de passe des cibles prioritaires pour les attaques automatisées, qui testent en premier lieu les combinaisons les plus répandues.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
| Classement | Mot de passe | Temps de craquage estimé |
|---|---|---|
| 1 | 123456 | Moins d’une seconde |
| 2 | 123456789 | Moins d’une seconde |
| 3 | azerty | Moins d’une seconde |
Ces données illustrent à quel point le niveau de protection offert par ces mots de passe est quasi nul face aux outils modernes de piratage. Un attaquant équipé d’un logiciel de force brute standard n’a besoin que de quelques instants pour en venir à bout.
Ces chiffres soulèvent une question fondamentale : pourquoi, malgré tout, ces mots de passe restent-ils aussi populaires ? Les raisons sont multiples et méritent d’être examinées en détail.
Pourquoi ces mots de passe sont-ils si populaires ?
La commodité avant tout
Le premier facteur explicatif est la recherche de simplicité. Saisir « 123456 » prend moins d’une seconde et ne nécessite aucun effort mémoriel. À l’heure où chaque internaute gère en moyenne une dizaine de comptes en ligne, la tentation de recourir à des mots de passe simples et identiques sur plusieurs plateformes est forte. La gestion de multiples identifiants complexes est perçue comme une contrainte, et non comme une nécessité.
Un manque de sensibilisation efficace
Si les campagnes d’information existent, leur impact reste limité. Plusieurs raisons expliquent ce décalage entre le message et le comportement :
- Les utilisateurs sous-estiment le risque réel d’une intrusion sur leurs comptes
- Les messages de prévention sont souvent perçus comme trop techniques ou trop abstraits
- L’absence de conséquences immédiates visibles entretient un sentiment de fausse sécurité
- La multiplication des comptes crée une fatigue cognitive qui pousse à la facilité
Un phénomène transgénérationnel
L’étude de NordPass révèle un fait particulièrement marquant : il n’existe pas de corrélation significative entre l’âge des utilisateurs et la qualité de leurs mots de passe. Des baby-boomers aux membres de la génération Z, les comportements sont similaires. Contrairement à une idée reçue, les plus jeunes, pourtant natifs du numérique, ne sont pas plus vigilants que leurs aînés en matière de création de mots de passe. Ce constat invalide l’hypothèse selon laquelle la sensibilisation viendrait naturellement avec la maîtrise des outils digitaux.
Ces habitudes ancrées dans le quotidien numérique des Français ont des conséquences bien réelles, et les risques associés aux mots de passe faibles sont loin d’être théoriques.
Les risques associés aux mots de passe faibles
Des attaques rapides et automatisées
Les cybercriminels disposent aujourd’hui d’outils sophistiqués capables de tester des millions de combinaisons en quelques minutes. Les attaques dites de force brute ou par credential stuffing — qui consistent à utiliser des listes de mots de passe volés lors de fuites précédentes — sont particulièrement efficaces contre les mots de passe faibles. Un compte protégé par « 123456 » est compromis avant même que l’utilisateur ne réalise qu’il est ciblé.
Les conséquences concrètes d’une compromission
Les risques ne se limitent pas à la perte d’accès à un compte. Une compromission peut entraîner une cascade de problèmes :
- Accès non autorisé aux outils internes des entreprises, avec des conséquences potentiellement graves sur la confidentialité des données
- Mise en danger des comptes administratifs sensibles, ouvrant la voie à des attaques plus profondes sur les systèmes d’information
- Compromission des données personnelles et financières, pouvant mener à des fraudes ou à de l’usurpation d’identité
- Propagation d’attaques à rebond, où un compte compromis sert de point d’entrée pour cibler d’autres systèmes ou d’autres utilisateurs
Un enjeu aussi bien personnel que professionnel
Si les particuliers sont en première ligne, les entreprises ne sont pas épargnées. Un salarié utilisant un mot de passe faible pour accéder à son espace de travail numérique peut involontairement devenir le maillon faible d’une chaîne de sécurité pourtant bien construite. La cybersécurité d’une organisation est aussi solide que son élément le plus vulnérable. Les directions informatiques sont ainsi confrontées à un défi humain autant que technique.
Au-delà des comportements individuels, il existe des facteurs culturels propres à la France qui influencent directement le choix des mots de passe, et qui méritent une attention particulière.
L’impact culturel sur le choix des mots de passe en France
Le clavier azerty, un marqueur identitaire numérique
La présence persistante d’azerty dans le classement des mots de passe les plus utilisés en France n’est pas un hasard. Elle est directement liée à la disposition du clavier français, dont les six premières touches de la rangée supérieure forment précisément cette séquence. Ce mot de passe est donc l’équivalent français du « qwerty » utilisé dans les pays anglophones. Il illustre comment l’environnement matériel quotidien façonne les comportements numériques.
Une culture du risque encore peu développée
En France, la culture de la cybersécurité reste moins ancrée dans les pratiques quotidiennes que dans certains pays nordiques ou anglo-saxons, où les formations à la sécurité numérique sont plus systématiquement intégrées dans les cursus scolaires et professionnels. Les utilisateurs français ont tendance à considérer la sécurité informatique comme une affaire de spécialistes, et non comme une responsabilité individuelle partagée.
L’influence des pratiques professionnelles
Dans le monde du travail, les politiques de sécurité des mots de passe varient considérablement d’une organisation à l’autre. Si certaines entreprises imposent des règles strictes de complexité et de renouvellement régulier, beaucoup laissent encore leurs collaborateurs libres de choisir leurs identifiants. Cette hétérogénéité contribue à maintenir des pratiques insuffisantes, y compris dans des contextes où les enjeux de confidentialité sont pourtant élevés.
Pour mieux cerner l’ampleur du phénomène, il est utile de s’appuyer sur les données concrètes issues des études récentes, qui dressent un portrait précis des tendances actuelles.
Étude : les résultats et tendances actuelles
Méthodologie et périmètre de l’analyse
L’étude réalisée par NordPass, publiée en septembre 2025, s’appuie sur l’analyse de fuites de données publiques et de ressources issues du dark web couvrant la période allant de septembre 2024 à septembre 2025. Cette approche permet d’obtenir un reflet fidèle des mots de passe réellement utilisés, et non déclarés, par les internautes français. La méthodologie garantit ainsi une représentativité que les enquêtes déclaratives ne peuvent pas offrir.
Les grandes tendances confirmées
Les résultats de cette étude confirment et précisent plusieurs tendances de fond :
- Les mots de passe les plus courants sont quasi identiques à ceux des années précédentes, signe d’une stagnation des pratiques
- Les séquences numériques simples et les mots liés au clavier dominent largement le classement
- Aucune tranche d’âge ne se distingue positivement, toutes les générations partageant des comportements similaires
- Les mots de passe professionnels ne sont pas significativement plus robustes que les mots de passe personnels
Comparaison internationale
| Pays | Mot de passe n°1 | Spécificité locale |
|---|---|---|
| France | 123456 | Présence d’azerty liée au clavier |
| Royaume-Uni | 123456 | Présence de « password » en anglais |
| Allemagne | 123456 | Combinaisons liées au clavier qwertz |
| Espagne | 123456 | Présence de termes locaux courants |
Ce tableau illustre que le problème des mots de passe faibles est universel, mais que chaque pays conserve ses spécificités culturelles dans les choix effectués. La France ne fait pas exception à cette règle mondiale, tout en y ajoutant sa propre empreinte linguistique et matérielle.
Face à ce constat documenté, des solutions concrètes existent pour améliorer significativement la sécurité de ses accès en ligne, et elles sont à la portée de tous.
Comment sécuriser efficacement ses mots de passe ?

Les règles fondamentales d’un bon mot de passe
Créer un mot de passe robuste ne requiert pas de compétences techniques particulières, mais implique de respecter quelques principes de base. Un mot de passe solide doit réunir les caractéristiques suivantes :
- Une longueur d’au moins douze caractères, idéalement seize ou plus
- Un mélange de lettres majuscules et minuscules, de chiffres et de caractères spéciaux
- L’absence de mots du dictionnaire, de prénoms ou de dates facilement devinables
- Une unicité absolue : un mot de passe différent pour chaque compte
L’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe
La principale objection à la création de mots de passe complexes est la difficulté à les mémoriser. Les gestionnaires de mots de passe répondent précisément à ce problème : ils génèrent, stockent et renseignent automatiquement des mots de passe forts pour chaque compte. L’utilisateur n’a plus à retenir qu’un seul mot de passe maître, qui doit lui-même être particulièrement robuste. Ces outils, disponibles sous forme d’applications ou d’extensions de navigateur, représentent aujourd’hui la solution la plus efficace pour concilier sécurité et praticité.
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L’authentification à deux facteurs, un filet de sécurité essentiel
Même un mot de passe fort peut être compromis en cas de fuite de données. L’authentification à deux facteurs (2FA) ajoute une couche de protection supplémentaire en exigeant une seconde vérification — un code envoyé par SMS, une application d’authentification ou une clé physique — en plus du mot de passe. Activer cette option partout où elle est disponible réduit considérablement le risque d’intrusion, même si les identifiants sont connus d’un tiers.
Les bonnes pratiques à adopter au quotidien
Au-delà de la création de mots de passe solides, plusieurs réflexes permettent de maintenir un niveau de sécurité satisfaisant dans la durée :
- Ne jamais partager un mot de passe, même avec une personne de confiance
- Changer immédiatement ses mots de passe en cas de notification de fuite de données
- Éviter de se connecter à des comptes sensibles depuis des réseaux Wi-Fi publics non sécurisés
- Vérifier régulièrement si ses adresses e-mail ont été impliquées dans des fuites connues, via des outils dédiés
Ces pratiques constituent une première ligne de défense solide, mais l’évolution technologique ouvre la voie à une approche encore plus radicale : se passer définitivement des mots de passe traditionnels.
Vers une adoption généralisée des passkeys ?
Qu’est-ce qu’une passkey ?
Les passkeys, ou clés d’accès, représentent une alternative technologique aux mots de passe traditionnels. Basées sur la cryptographie asymétrique, elles fonctionnent grâce à une paire de clés : une clé publique stockée sur le serveur du service en ligne, et une clé privée conservée sur l’appareil de l’utilisateur. L’authentification s’effectue alors via la biométrie (empreinte digitale, reconnaissance faciale) ou un code PIN local, sans jamais transmettre de mot de passe sur le réseau. Ce système élimine mécaniquement les risques liés aux mots de passe faibles ou réutilisés.
Un déploiement en cours mais encore partiel
Les grandes plateformes numériques — services de messagerie, réseaux sociaux, banques en ligne — ont commencé à proposer les passkeys comme option d’authentification. Cependant, l’adoption reste inégale selon les services et les utilisateurs. Plusieurs freins ralentissent la généralisation :
- La nécessité de disposer d’un appareil compatible et récent
- La méconnaissance du grand public vis-à-vis de cette technologie
- La coexistence obligatoire avec les mots de passe traditionnels pendant la période de transition
- Des questions de portabilité entre différents écosystèmes (Apple, Google, Microsoft)
Un avenir sans mots de passe, réaliste ou utopique ?
L’hypothèse d’un abandon total des mots de passe au profit des passkeys est techniquement crédible, mais sa concrétisation dépend de facteurs humains et organisationnels autant que technologiques. Les entreprises devront adapter leurs systèmes d’information, les utilisateurs devront être formés, et les standards devront s’harmoniser à l’échelle internationale. La transition sera progressive, et les mots de passe traditionnels resteront incontournables encore plusieurs années. En attendant, renforcer ses pratiques actuelles demeure la priorité absolue.
La stagnation des comportements face aux mots de passe en France constitue un risque systémique que ni les particuliers ni les entreprises ne peuvent se permettre d’ignorer. Les données issues des analyses récentes confirment que les séquences les plus simples dominent toujours les usages, exposant des millions de comptes à des attaques triviales. Adopter un gestionnaire de mots de passe, activer l’authentification à deux facteurs et s’intéresser aux nouvelles technologies comme les passkeys sont des démarches concrètes, accessibles et efficaces. La sécurité numérique n’est pas une affaire de spécialistes : elle commence par un choix, fait au moment de créer un compte.







